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Violences sexistes et sexuelles – Analyse

    Article paru sur Mediapart – 2 septembre 2025 – Audrey Guiller et Nolwenn Weiler

    Les victimes de violences subissent les incohérences des justices pénale et civile

    Une victime de violences intrafamiliales qui saisit la justice est généralement embarquée dans deux procédures : l’une au pénal et l’autre au civil. Mais ces procédures ne communiquent pas, empoisonnant leur vie. La cour d’appel de Poitiers innove.

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    Des agresseurs qui continuent à sévir

    Les magistrats civils et pénaux – tous débordés – communiquent rarement. Un juge aux affaires familiales qui reçoit une femme souhaitant divorcer peut ignorer qu’elle a déposé plainte pour violences conjugales. Un juge pénal peut ne pas savoir qu’un droit de visite a été accordé au père qu’il condamne pour inceste. Dans le dossier de Charlotte, dont la première plainte, déposée en
    2015, a été classée sans suite, le père a fini par obtenir un droit de garde. « Ma fille a de nouveau dénoncé des violences. Nouvelle plainte, nouvelle audience. La juge des enfants aurait pu suspendre les visites, mais elle n’a pas consulté le dossier pénal. »

    Résultat : des décisions contradictoires, des protections inopérantes et surtout une occasion, pour un homme violent, de maintenir son emprise sur la famille. « Tant que le pénal n’a pas tranché, la mère reste obligée de remettre l’enfant à l’agresseur présumé », déplore Marie Blandin, avocate à Rennes, spécialisée dans la défense des victimes de violences sexistes et sexuelles.
    Parfois, le juge pénal ordonne à un ex-conjoint violent de ne pas approcher sa compagne, mais le juge civil oblige la mère à présenter les enfants à leur père chaque semaine. Certaines femmes s’y refusent, dans un souci de protection, et sont sanctionnées. « Plus d’un tiers des mères que nous accompagnons a perdu la garde de son enfant, souvent au profit du père agresseur, rapporte Hélène Roche. On laisse l’enfant croupir chez l’auteur des violences, c’est de la torture. »

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